Portant les marques du silence et de la pudeur, Patience raconte la relation de soi aux autres, relatée en une pluralité de moi qui nous pose en contraste, nous gêne. Malgré l’obstacle, une équipe s’organise, « une présence en coin » se fait remarquer, la voix s’énonce.
Elle se pose comme discrète, à l’écart, elle évolue pour négocier sa place dans l’espace et cherche activement à se reconnaître dans les autres, à comprendre ce qui lui fait défaut. Les présences en viennent à s’entremêler. On ne sait plus si la voix est multiple, si elle s’inclut, si elle se tient tout à fait à distance. Mais une chose est sûre : la lutte entre dire et ne pas dire n’est pas prête de s’achever. Son travail est lent et toujours à recommencer. À travers les poèmes, l’autrice questionne de manière intime sa présence au monde, ses relations avec les autres, sa rigueur, ses plis, ce qu’elle veut incarner.
Livre de lenteur qui appelle à une lecture contemplative, long exercice d’assouplissement, Patience est une ode aux voix forcées, à celles trouvées, énoncées et perdues, aux voix qui se délient pour se lier aussitôt.
sous quelles conditions
se montrer
où signer que je saute
pour me risquer au complet
je dois cligner des yeux
défaire le détail des scènes
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entre chaque seconde
les pauses se relâchent
tout ce qui me bouffe
s’extrait de moi