La cuisine mortuaire

Marois, Louise, La cuisine mortuaire, Éditions Triptyque, Poèmes, 2018, 186 p.
Prix : 
22,95 $
ISBN : 
978-2-89741-996-7

La cuisine mortuaire fouille une culture d’ouvriers et de ménagères, donne une forme aux dos rompus de fatigue et aux mères qui débarbouillent les visages sales des après-midi passés dans la ruelle, posant les jalons, un poème à la fois, d’une quête des origines. De quoi serait faite la frontière poreuse entre la poésie et la langue vernaculaire d’un quartier populaire du Montréal des années 1970 ? Au fil de jeux d’enfants tantôt ludiques tantôt cruels, ce sixième livre de Louise Marois trace un autoportrait poético-social adressé à une femme qui « égorge le temps dans [son] poing », qui disparaît lentement, s’absente à elle-même. Le lieu qui les recueille, la fille et la mère, c’est cette cuisine, hantée des bruits de la rue Garnier, pénétrée de la rouille des hangars, inondée de rires gras, où chacune à son bout de table elles s’affairent, où elles manigancent les secrets qui les séparent et les unissent tout à la fois.

Si dessiner, c’est écrire autrement, La cuisine mortuaire expose, grâce à cette respiration qui arrive par le passage d’un geste à l’autre, les traits bigarrés de l’enfance, ses habitudes, ses fictions, ses violences, ses solidarités compliquées. Les poèmes tissent patiemment, comme les femmes qui y travaillent leur tricot sur leurs genoux, les fils d’une courtepointe, la trame d’une photo de famille en autant de morceaux que de tableaux colorés des personnages qui la composent.

*

ce n’est pas l’envie mais le manque
de ne pas être regardée
ne pas te regarder de face ni de côté
comme il te dit souvent

r’garde-toé toé

tu cesses toute tentative t’éloignes du moindre reflet
tu plonges ton visage dans le creux de tes mains
prends l’exacte mesure de toi-même
tu disparais couleur chair le dos calé dans ta chaise
de jardin sans jardin

 

 

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